Nicole Bousseau, infirmière en clinique (salle de réveil et bloc)

Quel est votre parcours ?

Je m’appelle Nicole, je suis infirmière, j’ai 37 ans . J’ai deux enfants de 13 et 11 ans. Je suis originaire et je vis dans le département de l’Essonne en île de France. Diplômée depuis 2004, j’ai commencé à travailler au bloc opératoire du centre hospitalier sud francilien sur le site Louise Michel à Evry .

interview infirmiere nicole bousseau
A l’époque le CHSF était encore sur deux centres  hospitaliers. Après 2 mois au bloc , ma cadre m’a demandé si je voulais m’engager à effectuer la spécialisation d’IBODE. J’étais jeune diplômée, et je ne voulais pas m’enfermer dans une spécialité si restrictive, alors que je débutais dans le métier. Il y a tellement de domaines à explorer dans cette profession si riche , que je trouvais dommage de me restreindre à n’être qu’un « ouvre boite » et le « larbin » des chirurgiens. Je voulais faire des soins, améliorer ma technique aussi, continuer à apprendre.

Ma cadre me trouva un poste en Réanimation adulte. Les débuts dans ce service ont été difficiles. Pas évident d’être acceptée dans une équipe déjà bien soudée. C’est un service fermé, ou l’on partage des instants d’émotions intenses . Un service ou l’on côtoie la mort et la souffrance tous les jours. Il faut être solide, savoir écouter, observer, on y apprend tout les jours, des médecins, des patients, des collègues et de soi-même. C’est un service qui nous change.

Au bout de 6 années qui furent sans doute les plus riches et les plus importantes professionnellement et humainement de ma vie, je décide de me consacrer à la pédiatrie. Plus particulièrement à la néonatalogie, j’exerce alors pendants 2 ans en réanimation néonatale, puis sur tout le pôle « mère-enfant » du centre hospitalier. Cela m’a permis, de pouvoir exercer sur tous les âges de la vie, dans mes 8 premières années d’exercice. Du bébé de 25 Semaines d’aménorrhée à la personne en fin de vie de plus de 100 ans. A ce moment là, ma vie personnelle a basculé, mariée depuis 8 ans et mère de deux enfants de 7 et 5 ans, je divorce et me retrouve mère célibataire.

À l’époque mon planning était assez aléatoire, je travaillais en 12 heures, alternant des jours et des nuits selon les fractions ainsi qu’un week-end sur deux . Je n’arrivais plus à tout gérer, la garde de mes enfants me revenait trop chère. Je décide alors de quitter l’hôpital, de quitter les soins.

Fin 2012, je pars en disponibilité de la fonction public hospitalière pour la territorial et trouve un poste de directrice adjointe de structure petite enfance, dans une crèche municipale de 60 berceau dans l’Essonne. Un planning avec des horaires aménageables. Je découvre alors une nouvelle facette de la profession. Plus administrative, très différente. Je me retrouve à manager une équipe, gérer des plannings, gérer un budget , organiser et animer des réunions, rédiger des procédures, des protocoles, des rapports etc… Tout ce qu’un infirmière déteste en générale, mais j’y ai pris goût . Certes, les soins me manquais, mais je ne m’ennuyais pas. J’avais tellement à apprendre. J’ai compris l’intérêt des procédures, je me découvrais des capacités, des lacunes aussi, j’ai appris beaucoup sur moi même. J’ai développé une activité en parallèle de formatrice. Au fur et à mesure que mes enfants grandissaient, j’étais plus disponible.

Monitrice de secourisme dans l’association la croix blanche de l’Essonne depuis 2010, j’élargissais mon champ d’action en intervenant dans une boite privée sur Paris. Jy’anime des séminaires de formation pour les infirmières et personnels paramédicaux. Au bout de 4 ans j’ai eu l’impression d’avoir fais le tour du domaine de la petite enfance, malgré tout ce que cela a pu m’apporter. J’avais besoin de continuer à évoluer.

En 2016, les soins me manquaient trop , mes enfants ont grandit et sont devenus plus autonome, et mes parents sont partis à la retraite. Je peux alors reprendre une activité dans les soins. Je trouve alors un poste à 15 minutes de chez moi, en salle de réveil et bloc opératoire, dans une clinique privée ou j’exerce encore aujourd’hui. Mes parents sont disponibles pour s’occuper de mes enfants lorsque je suis de garde les nuits et week-end. L’année dernière j’ai obtenu un DU prise en charge de la douleur en soins infirmiers à l’université de Paris Descartes, et m’apprête à effectuer en 2019 une formation en hypnose médicale et hypnoanalgésie sur 2 années à l’ IFH (institut française d’hypnose) à Paris.

Une journée type pour vous, à quoi ça ressemble ?

Interview infirmière clinique réa blocSe lever à 5h30 , faire un peu de sport , embrasser mes enfants avant de partir pour la clinique à 6h30 pour embaucher à 7h . Arrivée à 6H45 du coup pour avoir le temps de se changer dans les vestiaires tranquillement et de prendre un café. Je ne sais pas pourquoi la saveur du café pris au boulot n’est pas le même que celui pris à la maison, il est toujours meilleur. Puis entamer la journée, qui peut être soit en salle de réveil, soit en salle d’endoscopie ou de stomatologie, de chirurgie viscérale, gynécologie, cardiologie, urologie, orthopédie, esthétique ophtalmologie etc… 6 salles d’opération dans ce bloc , de quoi faire.

Nous sommes tous des IDE polyvalents et tournons sur toutes les spécialités. Selon les jours de la semaine et parfois dans la même journée. Il faut savoir faire preuve d’une grande adaptabilité. En salle de réveillé par exemple nous faisons souvent des journée de 12 h.

Le matin en arrivant on ouvre la salle, c’est à dire qu’on allume les 9 moniteur de scope en vérifiant la fonctionnalité des systèmes d’aspiration de chaque poste. Nous allumons les respirateurs et effectuons les tests. Nous testons également le défibrillateur tous les matins et vérifions la températures des frigos. Nous préparons les drogues d’urgences : atropine et éphédrine. Nous allumons l’ordinateur et effectuons nos check-listes. Et nous attendons que nos premiers patients sortent de salle d’opération. Lorsque un patient arrive , s’il est intubé et sédaté, nous le mettons sous respirateurs, et sous monitoring. Nous l’enregistrons dans l’ordinateur, nous surveillons l’état des pansements, des redons et autres drains, la perfusion etc…

Lorsqu’il se réveille nous retirons la sonde d’intubation, et surveillons l’apparition de douleurs, pour la traiter. Et dès qu’il est suffisamment réveillé, nous le faisons remonté dans sa chambre.

En salle de réveil, nous échangeons beaucoup avec les patients. Parfois ils souffrent de douleurs post-opératoire immédiates, ils sont stressés ou très soulagés, de s’être réveillé. Parfois ils sont perdus et ne savent plus ou ils sont. Nous sommes là pour les aidé à se re-situer, à les soulager, à les écouter. Même si notre prise en charge est très courte , nous faisons en sorte qu’elle soit la meilleure possible. Lorsque le planning opératoire est terminé, (entre 30 et 100 patients par jours) nous faisons le nettoyage des appareils, le rangement du bloc , les commandes de pharmacie etc …pour préparer le planning opératoire du lendemain. Je rentre enfin chez moi vers 19H30, reste la deuxième journée, celle de maman ( devoirs, cuisine, lessive, ménage etc…).

Que préférez-vous dans votre métier ?

Les échanges avec les patients quels qu’ils soient

Ils nous apprennent tellement sur nous même. Ils nous renvoient ce que nous sommes. Si nous sommes fatigués et peu disponible, les patients augmentent leur stress est peuvent se montrer fermés, agressifs parfois. Si au contraire, nous sommes à l’écoute et disponibles, ils sont reconnaissant de l’aide que nous leur apportons. Et cette reconnaissance fait du bien. J’aime me sentir utile, voir le sourire d’un patient soulagé.

Mais j’aime également le travail d’équipe.
Au bloc de la clinique ou je travail, nous sommes un microcosme un peu particulier. Il y a une cohésion de groupe efficace, nous organisons très régulièrement des sorties, des soirées entre nous à l’extérieurs du travail. Nous nous soutenons , nous entraidons, nous chamaillons aussi parfois, un peu comme une grande famille. Il faut avoir les nerfs solides pour supporter la pression imposer par le rythme de travail que nous avons .

Ce que j’aime aussi ce sont les imprévus.

Et il y en a dans notre profession, la routine je ne connais pas . Dans un bloc les patients sont différents tous les jours, les opérations varient également, et il y a des aléas : des urgences , des complications, des surprises parfois … Ces situations nous poussent dans nos retranchements, nous sortent de notre zone de confort, et j’adore ça.

Qu’est-ce qui vous déplaît le plus ?

Perdre un patient, me sentir impuissante, même si c’est devenue de plus en plus rare, car j’ai compris une chose dans ce métier: c’est qu’on ne nous a pas appris à être de « super infirmière ». La médecine n’est pas une science exacte, on ne peut pas sauver tout le monde mais on peut juste faire de son mieux et c’est déjà pas mal. Être là, à l’ écoute, disponible c’est déjà beaucoup . Parfois ça ne se passe pas comme on l’aurais voulu, parfois l’émotion est trop forte et elle nous submerge. Et ce sont ces moments là que j’aime le moins.

Avez-vous un souvenir avec un patient qui vous a marqué ?

Même s’il y en a eu beaucoup de moments très marquant, j’en choisirais un en particulier. Lorsque je travaillais en réanimation , j’ai eu un patient qui était rentré pour une détresse respiratoire sur un OAP (oedème aiguë du poumon) nous l’avions traité et il allait mieux , il était prêt à sortir de réanimation pour un service de soins. Quant on s’est aperçu, lors d’un soin, de la présence de marbrures sur l’abdomen et les jambes, il avait des douleurs importantes qui venait de survenir brutalement à l’abdomen.

Le MAR l’envoie rapidement au scanner et diagnostique un infarctus mésentérique condamnant la majeur partie de ses intestins , après avis chirurgicales il est décidé de ne pas intervenir, le patient était condamné.

Il ne lui restait que quelques heures à vivre. Le patient était conscient et avait toutes ces facultés cognitives. Il fallait lui annoncer. Comme je m’occupais de lui , je suis allée avec le MAR dans sa chambre, nous lui avons pris la main, et lui avons dit ce qui se passait. Je me rappellerai toute ma vie, de son regard, quant il s’est tourné vers moi après que le médecin lui ai dit: « toute intervention chirurgical serait incompatible avec la vie », « il ne vous reste qu’une heure ou deux tout au plus , voulez vous que l’on fasse venir votre famille » « nous allons vous soulager au maximum ». J’ai vu la panique, la tristesse puis le dépit, et la résignation. Passé par toutes ses étapes aussi rapidement, il n’a pas eu le choix. Et tout ce que j’ai pu faire , c’est de rester avec lui jusqu’a ce que sa famille arrive, lui administrer toutes les drogues nécessaires à son soulagement, continuer à lui sourire avec bienveillance malgré l’émotion, accompagner sa famille.

Je m’étais senti impuissante à l’époque, ça fait maintenant au moins 10 ans que cet évènement est arrivé , et aujourd’hui je sais que je n’étais pas impuissante, juste le fait de rester auprès de ce patient , de l’accompagner vers la fin , c’était déjà beaucoup . On ne peut pas tricher dans ce métier, nous travaillons avec l’humain, il est important d’apprendre très vite à se remettre en question. Je ne connais pas d’infirmiers parfaits et moi même je suis loin de l’être, mais je sais une chose , dans ce métier il est nécessaire de savoir prendre du recule, de ne pas rester sur ses acquis.

Il est important de ne pas rester dans le même service trop longtemps ou l’on risque de perdre son adaptabilité aux autres, son savoir être, sa faculté d’écouter, sa possibilité de savoir surtout qui l’on est vraiment comme professionnel. Mais on risque surtout de perdre l’essentiel, qui est la vocation.

Selon vous, à quoi ressemblera la profession d’infirmière dans 10 ans ?

Il y aura plusieurs niveau d’infirmière avec les IPA (infirmière de pratique avancée) les premières diplômées arriveront sur le terrain en 2019 .
C’est surtout l’évolution des professions médicales qui conditionne selon moi l’évolution de la profession d’infirmière.
Nous sommes liés. Il y a moins de médecins de ville, donc des besoins en infirmières cliniciennes augmentés pour aider au suivi des patients avec des pathologies chroniques comme les diabetes, insuffisant rénaux, HTA etc…

La population est vieillissantes, alors le nombre de personnes dépendantes polypathologique augmente, les cancers également. Les infirmières seront les liens le plus souvent entre les patients et le médecins et/ou prendront le relais pour le suivi des pathologies chroniques. Les médecines douces ou les thérapies non médicamenteuse vont prendre de l’ampleur.

De plus en plus d’infirmières se dirigent vers la maîtrise de nouvelles capacités comme naturopathe, ethiopathe, hypnopraticienne, ostéopathe etc… Beaucoup de cas d’épuisement professionnel chez les infirmières est dû au sentiment d’impuissance fasse à la souffrance des patients, qu’elle soit physique ou psychologique. Nous cherchons des moyens ou nous pouvons nous sentir plus efficace dans la prise en charge globale des patients , surtout pour la prise en charge de la douleur, et pour cela, administrer des médicaments prescrit ne suffit pas.

By |2018-11-28T13:21:20+01:00novembre 26th, 2018|Interviews infirmières|

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  1. […] et infectieuse et en oncologie. J’ai toujours beaucoup aimé mon travail en tant qu’infirmier à l’hôpital, non seulement pour la relation très forte qui se crée avec les patients mais aussi pour le […]

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